Pour le troisième numéro de notre rubrique ‘A Livres Ouverts’ et après deux rencontres en Flandre et à Bruxelles, nous prenons la direction de la Wallonie, où nous faisons halte à Visé (Wezet pour nos amis flamands), entre Liège et Maastricht. Cette petite ville chaleureuse de 17.000 habitants abrite depuis plus d’un siècle la Papeterie, Librairie & Maroquinerie A. Wagelmans.





Si l’on devait qualifier notre interlocuteur, Marc Wagelmans (63), en un seul mot, il existe heureusement un qualificatif qui a la même signification dans nos deux langues nationales : aimable. Et si l’on devait un jour ériger une statue représentant ‘Le Papetier’, Marc serait le modèle idéal. Non en raison de son torse musclé mais, comme toute véritable œuvre d’art, de ses qualités d’âme et de cœur. Cet homme incarne la papeterie et les instruments d’écriture, de génération en génération. Marc représente en effet la quatrième génération consécutive à la tête de cet établissement familial de la région de la Basse-Meuse. Plus encore – vous le sentez dès que vous passez la porte et vous en êtes imprégné lorsque vous quittez la boutique – vous êtes ici dans une entreprise familiale, au sens le plus profond et émotionnel du terme.
Dans un de nos précédents articles, nous affirmions qu’André Brogniez (Bronyl) était la mémoire du secteur. Dans le même ordre d’idée, Marc Wagelmans peut aisément prétendre au titre de ‘mémoire historique’ du secteur. C’est en 1910 que ses arrière-grands-parents – Monsieur et Madame Wagelmans-Cerfontaine – ont ouvert les portes d’un établissement combinant papeterie, cordonnerie et bureau de tabac, déjà à la même adresse. Marc Wagelmans a rejoint les rangs de l’entreprise familiale en 1975, après avoir obtenu son diplôme de ‘Sciences Economiques Appliquées’ à l’UCL et une licence spéciale en ‘Administration & Gestion’.
Marc Wagelmans: “ En effet, nous sommes établis depuis 1910 dans la rue du Pont in Visé, même s’il faut préciser que le magasin a brièvement déménagé vers la Place Reine Astrid durant l’entre-deux-guerres, pour des raisons encore un peu obscures à mes yeux aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, c’est mon père, Albert Wagelmans, qui a réinstallé la boutique dans ses quartiers initiaux. Mon père n’avait que 14 ans – et n’était alors qu’un simple élève en humanités gréco-latines – lorsque les circonstances l’ont amené à s’impliquer dans l’affaire. Mon grand-père est mort relativement jeune et ses trois fils ont naturellement été ‘parachutés’ dans l’entreprise. C’est donc avec le plus grand respect que je peux affirmer que mon père fut le véritable fondateur, avec l’aide inlassable de ma mère Germaine Swennen, de la papeterie telle que nous la connaissons aujourd’hui.”
Marc Wagelmans: “Dans les années ’60, à l’époque de l’âge d’or économique, deux des frères ont décidé d’étendre le rayon d’action de l’entreprise familiale. C’est ainsi que nous avons fait l’acquisition d’une imprimerie, où était réalisé le célèbre magazine de Visé. La papeterie a elle aussi profité de ces jours fastes à travers une modernisation complète selon le concept de self-service, alors tout à fait révolutionnaire. En 1973, nous avons loué le bâtiment attenant en vue d’une extension. J’ai fait mon entrée dans l’entreprise familiale en 1975 – après un séjour de trois mois en Grande-Bretagne afin de parfaire mon anglais et après mon service militaire à Spa – au sein du volet imprimerie. Lorsque la décision est tombée en 1979 de scinder l’entreprise en deux, l’imprimerie est allée à mon oncle et ses enfants, tandis que la papeterie fut confiée à mon père, ma sœur et moi-même. A l’époque, mon père a été on en peut plus clair : soit je reprenais l’affaire, soit il vendait tout. Attention, il ne m’a imposé aucune contrainte, ce fut ma décision ! Mon père est resté très actif et perpétuellement créatif jusqu’à son décès en 1983.”
A. Wagelmans compte une papeterie – avec ‘carterie’ et centre de copie numérique –, une librairie et une maroquinerie, rassemblées sur une surface commerciale de plus de 500 m². Dans les années ’80, la société a fait l’acquisition du second bâtiment mitoyen antérieurement en location. Une troisième surface abrite l’offre de maroquinerie en pleine expansion. L’enseigne dispose ainsi de trois superbes étalages à rue. Etant donné sa situation géographique intéressante, la boutique reçoit également de nombreux clients néerlandais.
Marc Wagelmans: “Cela n’a jamais été mon rêve de devenir papetier. Au départ, je me destinais à une formation d’ingénieur mais j’ai finalement choisi les sciences économiques appliquées. Attiré par les Etats-Unis que j’adorais parcourir de long en large (une passion), j’y ai appris bien des choses sur l’activité économique moderne. Mais ma vie était à Visé – un attachement qui date de mon enfance, je suppose, car mon père a toujours tellement fait pour la ville. Celui-ci, fondateur de l’association des commerçants, il y a 45 ans, se donnait sans compter et j’ai suivi son chemin… Un commerce fait partie intégrante de la vie d’une cité ! En toute sincérité, je peux affirmer que je n’ai pas repris cette affaire pour l’aspect financier mais plutôt assurer la pérennité de l’esprit familial.”
Marc Wagelmans: “Pour être honnête, je ne me suis jamais posé la question ‘est-ce que c’est réellement ce que je souhaite?’. C’est ma contribution à l’œuvre familiale. Mon fils aîné, Marcel, marche aujourd’hui sur mes traces – la cinquième génération ! – le lien familial est toujours bien vivant. C’est devenu ma manière de vivre. Et c’est également le cas pour ma nièce Emilie, qui travaille dans la boutique, et de ma sœur Josiane, qui s’occupait de la maroquinerie jusqu’à récemment, lorsqu’elle a décidé de mettre un terme à sa carrière professionnelle. Outre mon fils et moi-même, notre établissement compte quatre employés à plein temps et deux employés à temps partiel.”
Marc Wagelmans: “Je travaille environ 60 heures par semaine, et je ne prends pas beaucoup de vacances, ni très longues. Si je m’absente trop longtemps, il y a toujours l’une ou l’autre chose qui tourne mal. Avant, je prestais encore plus d’heures mais aujourd’hui, je lève un peu le pied. La famille est très importante pour moi : nous sommes très liés. Mais chez nous, le travail passait avant tout. Je me souviens avec beaucoup d’émotion de maman souffrante et en fin de vie. Je passais tous les jours pour voir comment elle se sentait. Sa première question était à chaque fois: ‘Est-ce qu’on vend ? Tu sais bien hein, fi, c’est toute ma vie !’.
A la lumière des 101 ans d’existence de la Papeterie A. Wagelmans, la durabilité revêt une importance toute particulière aux yeux de Marc Wagelmans. Sa devise est aussi simple que claire : du choix, des produits de qualité et des prix compétitifs. En tant que membre de la CPRB, il a déjà à plusieurs reprises eu le plaisir de constater que ses prix soutiennent sans problème la concurrence des grandes surfaces.
Marc Wagelmans: “Si vous me posez aujourd’hui cette même questions : ‘Est-ce qu’on vend ?’, je peux vous répondre avec un enthousiasme modéré. Au terme du troisième trimestre de 2011, nous affichons un très léger tassement par rapport à la même période l’année dernière mais je reste optimiste vu la crise. Jusqu’à présent, nous avons fait plusieurs constatations importantes : les activités de la papeterie scolaire se tassent légèrement– moins de crayons, gommes, compas vendus et la fantaisie trop coûteuse recule –, la librairie également (par expérience, une année n’est pas l’autre…), les cartes de vœux restent stables et les départements cadeaux et maroquinerie sont en hausse. Notre vaste assortiment et notre diversité constituent nos atouts les plus solides: ‘chez vous on trouve tout et vous êtes un spécialiste’ disent les clients. Je vois mon établissement comme la caverne d’Ali Baba : on y trouve de tout et, plus important encore, durant toute l’année et même toute la vie – de la naissance à la mort.”
Marc Wagelmans: “En tant que papeterie locale, avec une clientèle provenant de 20 km à la ronde, l’essentiel est de gagner la confiance et de fidéliser vos clients. Pour l’exprimer autrement, nous travaillons sur base d’une relation de respect mutuel avec nos clients. A mes yeux, cela implique notamment d’être disponible six jours sur sept – nous fermons uniquement le dimanche et le lundi matin. C’est capital pour nous, car nous reposons essentiellement sur une clientèle qui se déplace jusqu’au magasin. Je vois le volet internet comme un élément d’attraction imagée, une invitation à venir en nos établissements et je m’occupe activement de notre site web. Hélas, le temps manque... Je suis un grand ‘partisan’ de la publicité à la radio et à la télévision. Nos annonces sont régulièrement diffusées sur Radio Contact, Nostalgie, RTL et Vivacité –, de même que nos spots sur RTL-tvi. Pour moi, ce sont des investissements à moyen et long terme qui fidélisent la clientèle et crée une confiance : ‘Où va-t-on ? Chez Wagelmans, bien sûr !’. Cela vaut également pour notre collaboration avec la CPRB: simple, intéressante et même nécessaire si vous souhaitez réaliser des marges saines.”
Marc Wagelmans: “Parfois je me dis : j’aurais voulu que mon père voit cela ! En tant qu’homme heureux, je ne peux qu’espérer que mes fils partageront ce sentiment à l’avenir. Car il y a une chose que je souhaite: nous existons de plus de 100 ans et cela ne doit pas s’arrêter ! Pour les habitants de Visé, c’est rassurant de voir mon fils impliqué dans l’affaire – il est poli, prévenant et sa gestuelle n’est pas sans rappeler qu’il a une formation forte de théâtre. Tout un programme et une fierté pour son père. Wagelmans ‘forever’, quelle belle pensée !”
P&B (c) • 01 12 2011 • Paul Andries